Il n'y a pas de mode d'emploi pour la vie divine. A défaut de pouvoir en fournir un, Jésus recommandait à ses disciples de se comporter comme des enfants. Ces derniers, en effet, passent leur temps à s'exprimer. Ils sont spontanés et ne connaissent ni le bien ni le mal. On leur inculque bien vite des notions de morale et de justice qui les éloignent de leur pratique franche de la vie, ce qui les amène invariablement à prendre le parti de la Bête contre l'autorité qu'on leur a présentée comme le visage de Dieu. Ainsi, dès leur âge le plus tendre, les hommes apprennent à considérer comme diabolique ce qui est divin et comme divin ce qui est diabolique. Qu'est-ce qui caractérise donc l'innocence des enfants ? C'est leur attitude à l'égard de l'instinct. Ils se croient tout permis, ils sont égoistes, sensuels, vaniteux, colériques, vicieux, dominateurs et narcissiques. Tout leur appartient. Leur usage du monde ne se limite pas à ce qu'ils possèdent, car ils se sentent tout. Celui qui se sent Dieu passe son temps à s'exprimer comme les enfants, à vivre dans l'immédiateté réfléchie de sa vie, car vivre divinement, c'est être suprêmement actif, non dans le sens de l'ambition, mais dans le sens de la liberté. On ne peut pas dire à un enfant le mot de Socrate : "Quoi que tu fasses, tu t'en repentiras". A un enfant, il faut dire exactement le contraire : "Fais n'importe quoi, c'est sans conséquence". N'était-ce pas le conseil donné par Saint Augustin ? "Aime et fais ce que tu voudras". Un tel conseil, cependant, ne s'adresse qu'à ceux qui vivent comme des enfants. Il risque d'être fort mal pris par des adultes tarés et hypocrites qui vont se servir de leurs instincts pour enfreindre les lois. Ce n'est pas ainsi que je vois la fonction de l'instinct. Son but est de nous rappeler à nous-mêmes et non de faire de nous des délinquants, des marginaux, des criminels ou des fous. Lorsque je dénonce le rôle de la raison qui s'impose à l'instinct de l'extérieur, au nom des lois de la morale et de la société, non seulement je ne cherche pas à promouvoir un mode de vie irrationnel mais je tends plutôt à montrer la rationalité de l'instinct qui s'accorde presque invariablement avec la réalité. C'est l'instinct dévié, dompté, menacé, dominé, aliéné qui est dangereux.


ISBN : 978-2-923541-31-0

LA BÊTE EST PORTEUSE DE LA DIVINITÉ

24,95C$Prix

    André Moreau

    AUTEUR / PHILOSOPHE / CONFÉRENCIER

    © 2020 André Moreau. Tous droits réservés